Nane Couzier - D'encre et de papier
Quand Odette Drapeau m'a annoncé son intention d'exposer mon travail d'écriture à La Tranchefile, j'ai fait Glups ! N'ayant à montrer que quelques livres visuellement attrayants - le reste inédit ou en édition courante - j'étais consternée par la vision d'une colonie de pages blanches infestées de petites rangées monotones de signes racornis. Imaginer les visiteurs attelés à cette lecture performance ne m'enchantait guère.
Habituée à la voix pour sortir le texte de sa coquille, et invitée à montrer ma poésie, comment répondre à la demande ? Comment multiplier les formes d'apparition du poème sans passer par la voix ? Que pouvait signifier : exposer de la poésie ? Comment suggérer le silence du poème et dire à la fois l'essentiel de la poésie ?
Ces questions et bien d'autres ont tissé le fil de la promenade littéraire que nous vous proposons aujourd'hui. Mon grand désir bien sûr, aurait été de vous amener à « marcher dans le poème », à le vivre comme celle ou celui qui l'écrit. C'est d'ailleurs en partie ce que tente d'évoquer la quatrième vitrine. Au fur et à mesure que s'élaboraient des objets poèmes, des installations « poétiques », des mises en scène ou des représentations du processus de création qui mène (à) la poésie, je me rendais compte que l'incommunicabilité du fait poétique faisait partie de l'écriture même du poème.
Pourtant, mode d'expression de l'essentiel de vivre (entre autres), le poème ne peut se tenir à l'écart du monde, même si, jusqu'au sein de l'institution littéraire, il demeure parfois l'apanage des mal entendus. Et si, comme le dit Odette Drapeau, les poètes sont là pour changer un peu la vision des choses - en plus de faire des livres qui inspirent de belles reliures ! - cette exposition tiendra lieu d'éveil à la poésie.
Catalogue disponible au coût de 10 $.
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